Perspectives 2024 : la pelle des beaux jours ?

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Avenir Terrassement MacMatériel Evoquip Terex
Crédit Avenir Terrassement

Ça aurait pu être le titre de la dernière séance du Seimat, le syndicat des entreprises internationales de matériels de construction qui nous annonce une belle année 2023 dans le prolongement des périodes euphoriques post Covid. Comme l’annonce Davy Guillemard, son président, avec un peu de recul, cette pandémie n’aura pas forcément été aussi impactante que cela pour notre industrie, d’autant qu’elle a été suivie de deux années assez « folles ». Et même si le contexte géopolitique reste tendu… les ventes de matériels tiennent le pavé et finissent sur un honorable 55 000 unités tout comme 2022. Quid de 2024 ? Pas catastrophique du tout, plutôt bon même, avec un prévisionnel supérieur à 50 000 unités. Alors pas de sinistrose les amis, tout va bien !

On assiste aux résultats des ventes de machines comme on va à la messe de Noël, une fois par an et bien sage pour écouter la bonne parole. Cette année, la réunion est dirigée par un nouveau « chef » dans une ambiance décontracte, avec des échanges francs et directs. On retrouve des acteurs connus dans le secteur parmi les intervenants. Davy Guillemard président et officiant sur les machines de terrassements, lourdes et compactes, Antoine Mayolle pour la partie compactage, routière et le béton, se substituant à Olivier Saint-Paul excusé et Philippe Girard, pour la manutention et le levage. Pascal Petit-Jean, en animateur.

Au jeu des chiffres, il faut savoir lire entre les lignes, car les loueurs continuent de peser lourd dans la balance. En 2023, ils étaient plutôt en retrait et ils le seront peut être encore plus en 2024. Rien qu’un petit exemple pour étayer le propos : les pilonneuses et autres plaques vibrantes ont perdu 3 000 unités en l’espace an (avec moins de 10 000 unités vs 13 000 l’année précédente). Le bilan 2023 affiche donc 55 300 unités facturées contre 58 200 en 2022, soit un repli de – 5%. Mais en valeur un chiffre d’affaires en hausse de 4 %, 3,3 Mds€ VS 3,1 Mds€. Vous allez me dire l’inflation a forcément joué dans le résultat, ce n’est pas faux, mais cela n’explique pas tout.

Le dig tour 2024

Pour mémoire, le record des ventes de machines s’établit en 2019 à 60 000 machines qui en valeur représentait un CA de 2,8 Mds€. A méditer quand le CA 2023 atteint 3,3 Mds€ avec 55 000 unités !

Le gros à la peine sur les délais

Notre valeur de référence chez TPA, c’est la pelle hydraulique sur chenilles de plus de 12 t. En l’occurrence, il s’en est vendu 16 % de moins, avec 2 607 unités 2023 contre 2 791 en 2022. Un chiffre significatif, non ? À qui la faute ? Davy Guillemard pencherait plus pour des difficultés à livrer qu’un ralentissement de la demande. Même si clairement l’attentisme est de rigueur face aux taux d’intérêts. Quant à la pelle sur pneus, elle passe en dessous de la barre symbolique des 1 000 unités. Les ventes des tombereaux articulés tournent toujours autour des 300 unités, comme en 2022. En revanche, aucun rigide n’a été vendu l’an passé et seulement 47 niveleuses ont trouvé preneur (67 en 2022).

Avec seulement 282 unités vendues en France en 2023, le tracto sent le roussi. alors qu’au contraire, on voit un regain d’intérêt sur les skids à roues et à chenilles passant de 626 à 768 unités, ce qui fait un bon + 23 %. De la même manière, les petites chargeuses articulées progressent à près de 1700 unités.

Mais tout n’est pas en chute, loin de là. Les grosses chargeuses sur pneus, elles, gagnent du terrain, de 1161 à 1345 unités (+16 %). La « belle » surprise de l’année vient des bulls et des chargeuses à chenilles (les trax) qui explosent les compteurs avec un +47% passant de 133 à 196 unités, un bond en avant qui pourrait s’expliquer par l’arrivée massive de nouveaux systèmes de guidage 3D automatisés transformant un bull de finition en « quasi » niveleuse !

Côté prévisions en revanche, les membres du Seimat sont aussi prudents que les loueurs avec une perspective de recul de 10 % à 4 500 unités. Certes, ça reste encore un volume honorable, mais si c’est un gâteau qu’il faut partager avec les nouveaux entrants qui sont désormais loin d’être insignifiants. À qui profite ce chamboulement ? Réponse dans la prochaine édition de Radio TPA.

Le compact a la banane

On se réjouit au Seimat du nombre de mini-pelles mises sur le marché en 2023, avec un record battu de 13 320 unités. Du jamais vu de mémoires d’anciens combattants. La mécanisation est donc à son comble sur les chantiers, comme dans certains métiers connexes tels que les paysagistes. La « cacahuète » est devenue la bonne à tout faire, capable de changer d’outils en moins de temps qu’il ne faut pour le dire. Dans ce volume impressionnant, les loueurs facturés en direct par les constructeurs sont en repli de 14 points, à 3 225 unités contre 3 733 en 2022. Et si l’on écoute Davy, il faut comprendre que les loueurs restent très très prudents, n’ayant pas encore finalisés leur commandes. « Ils ont des parcs globalement propres et assez de machines en stock. Sans grand besoin de renouveau, ils se montrent plutôt mesurés ! ».

Les autres 10 000 mini ex, c’est simple, elles sont parties dans le réseau. Elles ont rempli les parcs de location des distributeurs devenus eux mêmes loueurs multi régionaux ou chez les loueurs régionaux indépendants devenues parfois des distributeurs. Vous me suivez ? La concurrence devient rude en région.

Je ne vous ferais pas l’affront de parler de la part de l’électrique dans cette famille. Les ventes représenteraient bien moins de 1% des 18 664 machines commercialisées en 2023. Mais « rassurez-vous » ! Les fabricants évoquent un déferlante de nouveaux modèles pour 2024, avec quelques 20 nouveaux modèles à priori.

La route en mauvaise état, la manutention en baisse

En perdant quelques 3 000 unités sur l’année, les pilonneuses et plaques vibrantes, (80 % des ventes du segment compactage et route) faussent les résultats. Mais cela n’empêche pas un marché (de niche) des finisseurs d’être aussi au ralenti avec seulement 128 unités vendus vs les 173 de 2023. Pourquoi ? Antoine Mayolle décrit un secteur où les villes tardent à passer leurs marchés. De plus, les ventes sont impactées par les hausses de l’énergie qui plombent la production d’enrobés, et donc les ventes des matériels destinés à ce secteur d’activité. Au même rayon, on retrouve aussi les fameux rouleaux à guidage manuel, un marché assez stable vers les 1250 à 1300 unités.

Les ventes de télescopiques, comme le signale Philippe Girard, se divisent toujours selon la même répartition des ventes de 40%/60% entre ceux pour l’industrie (levage, recyclage, déchets, construction) et l’agricole. En 2023, on a dénombré 4 632 unités en Industrie contre 5 070 immatriculés en agricole. Se pose la question de savoir si les déclarants sont au complet sur ce segment de matériels.

Comme pour les nacelles (7 241 unités), les loueurs sont une variante d’ajustement forte. Ils représentent en effet jusqu’à 80 % des investissements dans ces typologies de matériels. Pour compléter le tableau, les grues mobiles progressent de 10 % à 161 unités et les pelles industrielles approchent les 400 machines.

Pour clotûrer la séance, le Seimat, annonce une prévision de 50 000 machines pour 2024 tout segments confondus, ce qui reste un niveau tout à fait acceptable. Comme le disaient les anciens : « un marché au dessus des 50 000 unités, c’est bon, en dessous c’est la récession, voire la crise ». J’aurais envie pour une fois de les croire dur comme fer !

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